Les emballages dits "comestibles" : mythe ou réalité ?

25 novembre 2016

Les médias se font régulièrement le relais de lancement d'emballages dits "comestibles".  Parce que ces annonces sont sujettes à controverse, le Conseil National de l'Emballage a décidé de prendre la parole sur ce sujet complexe. Bruno Siri, son Délégué Général, nous en dit plus.

De nombreuses entreprises se sont essayées ces dernières années à imaginer des emballages dits "comestibles". En 2012, le chercheur américain David Edwards présentait le premier des "perles comestibles" appelées WikiCells : un nouveau mode de conditionnement, "semblable à la peau d'un grain de raisin", fabriqué à  partir de produits naturels et qui pourrait être ingéré en même temps que le produit qu'il recouvre.

De son côté, la start-up anglaise Skipping Rocks Lab annonçait en 2016 développer un matériau de remplacement des bouteilles en plastique : Oohoo. Il s'agit d'une bulle gélatineuse biodégradable, conçue à partir d'algues comestibles, et censée jouer le rôle de membrane protectrice pour encapsuler de l'eau ; le consommateur n'ayant alors plus qu'à percer la membrane pour se désaltérer.

Bien que largement commentées dans les médias, ces tentatives n'ont toutefois eu de cesse de soulever des questions, principalement d'ordre sanitaire : ces emballages possèdent-ils les vertus nécessaires à la préservation et la protection des produits ?

Dans ce débat complexe, le Conseil National de l'Emballage a décidé d'apporter un point de vue éclairant, en faisant paraître une note de position à découvrir ici.

Le premier message qu'il entend faire passer, c'est une mise en garde. La fonction première de l'emballage étant "la bonne conservation du produit contenu et sa protection vis-à-vis de tous les contaminants externes", un emballage dit comestible devrait être lui-même protégé... par un emballage. Le CNE rappelle ainsi que les WikiCells eux-mêmes étaient vendus sous un emballage de regroupement, afin de les protéger.

Le CNE dénonce ainsi une fausse perception selon laquelle le déploiement d'emballages comestibles constituerait le "Saint Graal pour faire disparaître les emballages mis sur le marché". Parce que cet emballage dit comestible sera exposé aux contaminations telles que les poussières, les machines, l’humidité de l’air, le contact humain, etc., "il aura forcément lui-même un emballage de protection",ainsi que le souligne Bruno Siri. "L'emballage dit comestible, ce n'est donc pas un emballage en moins !"

Le Délégué Général du CNE rappelle également les réserves des consommateurs en termes d'hygiène et de santé vis-à-vis des produits : "s'ils ont été touchés avant, manipulés, s'ils ont reçu la poussière durant la chaîne logistique...". Autant de limites a priori pour le développement d'emballages dits comestibles. En plus de cet enjeu de protection du produit, le CNE souligne également que les autres fonctions de l'emballage, telles que la praticité, la protection durant les phases de transport, l'information consommateurs, constitueront des défis difficiles pour ces emballages.

C'est au final un problème d'ordre sémantique que soulève Bruno Siri : peut-on continuer à appeler "emballage" un enveloppant qu'on ingère et qui n'assure pas les fonctions joués par l'emballage ? Pour le Délégué Général du CNE, la réponse est un non sans équivoque. "Dès lors qu'un produit est comestible, il devient un produit, et non un emballage." Une prise de parole qui a le mérite d'éclairer les débats !